Elle s'est assise, puis s'est mise à pleurer. Au milieu de la place, sur son banc ; les pieds dans ses chaussures, le contenu de son coeur s'écrasant sur le béton à chaque expiration. Comme si la moindre cellule de son corps avait envahi le paysage, sa moindre pensée encrée dans chaque interstice de ce monde. Et tous ces gens passent avec leurs âmes fissurées, le regard baigné dans leur liquide céphalique. Ils ne voient rien. Ils continuent à marcher sans se douter que leur sang s'assèche et pourri dans leurs veines, que leurs âmes tournent, comme le lait. Alors elle s'étend peu à peu sur son banc, plonge la tête dans les nuages, les yeux embués de larmes. Elle n'est même pas triste, non. Mais il pleut trop derrière ses yeux. Alors souvent, la mécanique s'emballe ; les rouages rouillent, crissent, se déboîtent, fonctionnent à contre sens. Branle-bas de combat dans les cavités de son trop grand cerveau. Elle barricade son coeur. Elle le sent, il approche.
Merci. Un mot à la vie, un mot pour la mort. La voix pleine d'amertume, le sang bouillonnant dans mes veines ; car le soleil ne brille plus sur mon coeur maintenant. Il a su s'affranchir des liens que j'avais tissés, resplendissant désormais sur des contrées que je ne saurais atteindre. Alors la nuit s'est abattue, froide, sur le paysage de mes viscères. Toutes remplies de nuit, oui, comme si la nourriture devenait cendre dans ma bouche, comme si l'eau prenait un plaisant goût d'acide. Et je reste là, à contempler les restes d'un passé baigné de larmes, saigné, déchiqueté, broyé. Un futur incertain, un présent absent. La cadence s'accélère, mon sang circule à l'envers, les rouages de ma vie s'entrechoquent, explosent et tombent dans un bruit fracassant. Le sol tremble sous mes pas, mon corps vacille, pris d'un sursaut que je ne saurais décrire. Un délire innommable. La faille de mon coeur est énorme. Je suis au bord du précipice. Juste au bord. Je saute.
Au bord de sa falaise, assise sur son banc. Confondues avec le paysage, comme si elles étaient le vent.
Le vent s'enflamme, une vague d'ivresse rédemptrice s'abat sur leurs coeurs en lambeaux.
Prisonnières de leurs corps depuis des éternités ; enfin délivrées de leurs chaînes.